Agriculture urbaine et ceinture verte à Bruxelles

La plupart des villes sont en expansion. C’est particulièrement vrai dans les pays en développement, mais ça l’est également en Europe, où les villes grignotent encore sur leurs périphéries.

L’étalement urbain n’est pas nouveau et il est loin d’être ignoré par les autorités publiques. Les villes européennes dans leur grande majorité mettent aujourd’hui en place toute une série de mesures pour contenir cette poussée horizontale en tentant de construire des villes plus verticales: des villes compactes. Certaines de ces mesures conduisent de facto à maintenir une ceinture verte autour de la ville. C’est une expression que certains jugent inadéquate ou même galvaudée à l’heure où nous voulons tout repeindre en vert. Mais l’idée reste. Il s’agit de construire une ville qui respire avec des poumons verts, une ville irriguée par des “couloirs verts” pour préserver la biodiversité même en milieu urbain; mais surtout, c’est construire une ville dont les frontières se fondent dans la nature en respectant les espaces ruraux environnants.

Dérivant de ce genre d’initiatives, un autre concept fait son chemin aujourd’hui: celui de l’agriculture urbaine. Les espaces verts ne sont alors pas seulement préservés mais exploités et cultivés. Ce genre d’initiatives hybride – entre le développement urbain et l’agriculture – pose un certain nombre de questions qui, à mon avis, sont déterminantes lorsque l’on envisage ses chances de pérennité.

Où la classe-t-on? Et donc qui s’en charge dans l’administration des villes?

Est-ce seulement une mode? Ou a-t-on vraiment pris conscience de l’importance des circuits courts dans des environnements urbains de plus en plus densément peuplés?

Comment est-elle lier aux politiques alimentaires – qui manquent grandement dans le spectre des questions soulevées par le développement urbain?

Je suis allée voir un projet qui combine les deux aspects qui viennent d’être exposés. Ce projet se situe dans l’immédiate périphérie de la ville de Bruxelles et le terrain en question est cultivé suivant un projet d’agriculture urbaine biologique.

Le projet “Betteraves enz.” est développé par l’association Eco-Innovation sur le site du Neerpede à Anderlecht. Eco-innovation le définit comme un site de production maraîchère écologique. Il se trouve dans le prolongement immédiat de la ville, mais l’effet de contraste est saisissant. Pour y accéder, il ne m’a fallu que 20 minutes de métro depuis le centre-ville, suivies de 10 à 15 minutes de marche.

# Pour les Bruxellois: j’étais partie de la station de métro Trône, et je suis descendue à Erasme: deux endroits qu’on qualifiera de “plutôt bétonnés”. Le contraste est saisissant avec les paysages agricoles qui entourent le site du Neerpede, et il donne aussi un bon coup de pied aux préjugés sur la commune d’Anderlecht. #

Imaginez qu'en été, les plants de tomates forment une jungle à l'intérieur.

Imaginez qu’en été, les plants de tomates forment une jungle à l’intérieur.

Le site s’étale sur une centaine d’ares, dont une grande partie sous serre. Il existe depuis 2 ans et demi, et il est bien parti pour obtenir la certification “bio” pour laquelle il faut 3 ans de production suivant les critères “bio”, et plusieurs séries de contrôles d’échantillons de terre.

J’y ai été accueillie par Edouard et Boris, qui gèrent la production maraîchère et qui supervisent la formation de plusieurs personnes sur le site. Nous avons fait le tour du propriétaire: début Mars, les plants sous serre étaient déjà magnifiques, les semis préparés et la culture en dehors de la serre déjà bien planifiée.

Edouard et Boris

Edouard et Boris posent devant leur oeuvre

Ils travaillent là avec conviction et dévouement, mais sans illusion. Au détour de plusieurs questions sur pourquoi et comment ils en étaient arrivés à gérer ce projet, j’ai compris que ce n’était pas seulement leur métier, mais que c’était surtout un mode de vie. Edouard cultive aussi son propre terrain et produit des petits fruits (groseilles, framboises…); et Boris vit dans une communauté qui protège et développe un petit parc également limitrophe des zones densément urbaines bruxelloises. Connaissant bien le milieu, ils savent que les personnes qui viennent s’approvisionner sur le site de maraîchage sont des personnes déjà sensibilisés. Ils savent aussi que ce genre de projet ne révolutionnera pas à lui seul les modes de production agricole et la consommation alimentaire urbaine, mais qu’il apporte sa pierre à l’édifice.

Alors que je m’imaginais que la propagation de ce genre de projet pouvait rapidement changer la manière dont on consomme en ville, je me suis rendue compte qu’en fait, un site de production maraîchère de cette ampleur a pour but premier la sensibilisation, puis la formation, et ensuite seulement, la production. On a besoin de passer par les deux premiers stades pour pouvoir atteindre une production viable en agriculture urbaine. Autrement dit, pour dépasser l’effet de mode des potagers urbains, il faudra convaincre beaucoup de monde et tenir la distance.

Enfin pour répondre aux questions que je m’étais posées au début, on dira d’abord que l’agriculture urbaine est encore marginale et s’inscrit plutôt dans des démarches d’éco-quartiers plutôt que dans un secteur particulier des administrations municipales.

Il s’agit aussi certainement d’une tendance forte du moment – pour ne pas dire d’une mode – car malgré l’abondance de projets similaires à celui que j’ai visité à Anderlecht, il n’y a pas de politique intégrée pour l’alimentation en ville (en tout cas nulle part à ma connaissance).

La pérennité de ces projets d’agriculture urbaine se joue peut-être là: dans la nécessité de coordonner ou de lier tous les micro-projets locaux. Ensemble, ils pèseront peut-être assez pour que la question de l’alimentation en ville s’inscrive à l’agenda politique; parce que sinon pour l’instant, on regarde ailleurs.

Sources d’inspiration:

Autres projets similaires à Bruxelles: Les Jardins de Pomone http://lesjardinsdepomone.skynetblogs.be/, une vraie ferme Quai de Willebroeck, métro Yser ; et Potage-toit http://www.potage-toit.be/ sur le toit de la bibliothèque royale en plein Mont des Arts.

L’ASBL Eco Innovation: http://www.eco-innovation.net/topic/neerpedeVous pouvez commander des légumes/fruits en fonction de la saison sur le site d’Eco-Innovation. Plusieurs restaurants bruxellois s’approvisionnent auprès d’eux.

Sur les contrats de quartiers durables à Bruxelles, à voir aussi sur Anderlecht: http://www.villedurable.be/contrats-de-quartiers-durables/canal-midi-anderlecht

Centre d’écologie urbaine de Bruxelles: http://www.urban-ecology.be/

La conférence Hungry city 2012 de l’International urban food network : http://www.iufn.org/

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