Rio de Janeiro, la ville des prochains méga-évènements

Coupe des Confédérations (15-30 juin 2013), Journées Mondiales de la Jeunesse (23-28 juillet 2013), Coupe du Monde de Football (juin-juillet 2014), et enfin Jeux Olympiques (5-21 août 2016); que ce soit à l’échelle du pays ou de la ville, Rio de Janeiro va accueillir une série de méga-évènements qui en font un chantier important, avec ses avantages et ses inconvénients. Deux de ces évènements seront à l’échelle du pays, mais la préparation des JO incombant principalement à la ville, nous nous pencherons ici plus précisément sur ce cas.

Cristo

Investissement, méga-évènement, retour sur investissement?

Même si Londres fait le pari de ranimer la flamme olympique dans le coeur de ses habitants en organisant un meeting anniversaire un an après les JO, le bilan à long terme des villes olympiques n’est pas toujours très brillant.

Montréal 1976 est le scandale financier olympique cité le plus souvent. Le stade olympique aura coûté 1,5 milliard de dollars canadiens aux contribuables québecois qui le payèrent pendant 30 ans. En 2006, la plupart des journaux locaux titraient “Le stade est payé!”. Une exclamation avec une pointe d’amertume, car le projet initial prévoyait le solde complet des dettes contractées pour les infrastructures olympiques en 1985. Combien de projets de développement urbain autrement plus utiles à la population auraient pu être mis en place avec un tel budget? La question des priorités dans le choix des investissements publics à l’échelle locale est brûlante. Ce sont ces choix qui sont remis en question dans les manifestations cariocas qui durent depuis la mi-juin. Les habitants de la ville merveilleuse réclament de plus lourds investissements dans les secteurs de la santé et de l’éducation que dans la construction et la rénovation des stades.

Mais alors qu’il est aisé de faire l’addition des dettes et de savoir combien coûtent les JO, il est plus difficile de percevoir les gains engrangés grâce à eux. Les calculs de retombées économiques sont toujours approximatifs. Ils incluent divers secteurs dont l’activité n’est pas toujours liée à l’évènement en question – le tourisme, la restauration, ou même la construction ne sont pas exclusivement dépendants des JO pour développer leur activité, même en période de jeux. De plus, il est difficile de percevoir quelles seront les possibles retombées économiques dans le temps; entre l’avant, le pendant, et l’après évènement, on ne sait jamais si l’on peut vraiment compter sur un développement économique à long terme.

Image et réputation internationale pour la ville

Maracana

En fin de compte, même si l’économie locale et l’emploi sont souvent mis en avant lorsqu’on parle de la motivation des villes pour organiser un méga-évènement olympique, la réputation ou l’image de la ville semble être une raison au moins aussi évidente et presque la plus tangible de toutes.

En effet l’organisation des JO impacte durablement l’image de la ville, aussi bien d’un point de vue internationale – pour le tourisme et l’investissement étranger;  que d’un point de vue locale – l’image que la population se fait de sa ville, l’attraction de nouveaux habitants dans différents quartiers. “Les méga-évènements offrent une importante vitrine médiatique internationale et un fort potentiel pour la restructuration physique et économique de la ville hôte.“Ces retombées sont certainement les plus importantes aux yeux des élus des grandes villes organisant les jeux. Nourris par les discours sur le marketing de leur ville, qui leur demande “qui” est leur ville afin de lui donner une marque, un point d’ancrage, une identification rapide qui la transforme en objet de consommation (référence à “Who’s your city?” de Richard Florida – un quasi-gourou du développement économique urbain). Avec la mondialisation, la ville et “le monde est une marchandise, et l’olympisme, avec ses cinq anneaux, son logo commercial.”

Mondialisation et urbanisation

Rio vue panoramique montrant le schéma urbanistique typique de la ville: les quartiers aisés tournés vers la plage et les favelas à flan de colline

L’accent mis par ces agents sur la candidature de la ville brésilienne n’est pas un fait isolé. En raison de leur grande capacité à mobiliser des ressources matérielles et symboliques, les grands évènements sportifs sont devenus une source de dispute de plus en plus féroce dans le monde actuel, où la logique du marché a pris le dessus sur la théorie et la pratique de la planification urbaine.”

Les Cariocas savent calculer. L’élément déclencheur des manifestations contre les méga-évènements fut l’augmentation du prix des transports urbains de 7%. Le 17 juin, on a compté 100 000 personnes dans la manifestation de Rio de Janeiro; les manifestants étaient plus de 5 millions à travers toutes les grandes villes du pays. Dés le lendemain, les maires de Rio de Janeiro et Sao Paulo revenaient sur leur décision. Mais cette nouvelle annonce ne suffit pas à contenter la population: le 20 juin, le nombre des manifestants triplaient.

Le contexte économique du pays qui voit l’inflation augmenter chaque année est exacerbé à Rio, du fait des évènements internationales que la ville va accueillir en série. En 2013, le salaire minimum au Brésil est de 674 R$ (244€). Le prix d’un billet de métro allait augmenter à 3,5 R$; un rapide calcul nous montre qu’une personne se rendant en métro à son travail 5 fois par semaine dépense 140 R$ chaque mois dans le transport urbain, soit un peu plus de 20% de son salaire mensuel. LE DIEESE (Département Intersyndical des Statistiques et des Études Socioéconomiques), le salaire minimum du Brésil devrait être au moins quatre fois plus élevé (aux alentours de 2 600R$, 940€) pour répondre aux besoins de base de la population, à savoir l’alimentation, le logement, la santé, les transports, l’éducation, l’habillement, l’hygiène, les loisirs et la retraite.

transport rio

L’Indice de Développement Humain à l’échelle des villes

Dans un article du Global Urbanist daté du 25 juin 2013, Kerwin Datu analysait les manifestations cariocas et stambouliotes comme en contradiction avec le discours sur les villes comme lieux de vie les plus développés (“The protests contradict even some pro-urban discourses such as “the prosperity of cities“). Il est aussi juste que les manifestations ne sont pas essentiellement due à la planification urbaine, même si c’est ce qui les a déclenché. Les manifestants réclament la mise en place de politique plus universelle et essentielle comme l’éducation et la santé pour tous.

Les méga-évènements sont perçus comme un symbole de réussite et de développement pour les villes. Ils sont comme un couronnement, une reconnaissance internationale. Mais faut-il encore s’entendre sur le terme de développement. Si celui-ci est uniquement mercantile, on peut s’attendre à ce que les manifestations perdurent. Peut-être devrait-on aussi mettre l’IDH dans la balance lorsqu’on calcule les gains ou les dettes que les méga-évènements vont engranger. Cet indice composé du niveau d’éducation, de la santé et du niveau de vie d’une population donnée pourrait être calculé au niveau d’une ville. Il mettrait en exergue des politiques autrement plus fondamentales que celles communément mises en avant lors des méga-évènements. Comme le rappelait le géographe Marcelo Lopes de Souza en titre d’un de ses articles:Panem et circenses versus the right to the city” – du pain et des jeux contre le droit à la ville; régner comme les Romains en distribuant du pain et en invitant la population aux jeux du cirque ne semble plus suffire aujourd’hui.

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